Le cas Dexia

La situation semblait critique. On en a vu des acteurs politiques et économiques entrer dans nos salons ce mardi soir, ne fusse qu’en regardant le journal télévisé belge de la RTBF et celui de France 2. Dans le premier, on a vu défilé le Premier ministre Yves Leterme et le président démissionnaire de Dexia Axel Miller. Dans le second, on avait le président de la BCE Jean-Claude Trichet.

Après le mauvais cocktail Fortis qui a impliqué l’heureuse entrée du Benelux dans son capital à hauteur de 11,2 millliards €, c’est au tour de Dexia de se voir secourir par la Belgique, la France et le Luxembourg, en augmentant leur part dans son capital via l’injection de 6,4 milliards €.

Le cocktail Dexia est assez proche de celui de Fortis (explicité dans mon précédent message). (1°) Une acquisition de FSA (une institution américaine spécialisée dans le rehaussement de crédit) qui s’est avérée empêtrée dans les subprimes (encore eux) auquel s’ajoute (2°) des spéculateurs à l’affût d’un nouveau coup financier. L’addition de ces deux ingrédients entraîne la panique dans les marchés et des problèmes de liquidité pour l’entreprise. La diminution d’argent disponible dans les caisses en espèce et en terme d’actions (par la chute vertigineuse de son cours) la rendait plus vulnérable à un certain terme. Histoire d’anticiper l’effet néfaste des rumeurs sur la solidité financière de la banque, les États se devaient de réagir.

3 leçons sont à retenir :

– Les subprimes font plus de mal que prévu en frappant deux banques de dépôt de niveau international qui se sont brûlées les doigts à force de trop se diversifier.

– On doit repenser le rôle de l’État dans les entreprises. C’est bien beau de privatiser, mais je persiste à croire que cela ne constitue pas un mal que l’État (même minoritaire) soit actionnaire dans certaines grandes entreprises, cela peut notamment permettre d’éviter certaines erreurs stratégiques aux conséquences parfois désastreuses.

– Le président du FMI Dominique Strauss-Khan a raison en disant dans une interview qu’il accordait au JDD ce dimanche :

Les gouvernements de la planète, tous les gouvernements, pas seulement ceux des pays riches, ont intérêt a se servir du FMI pour cela (NDBdYv : conduire une régulation renforcée de la finance mondiale). Nous avons été créés en 1944 comme une sorte de service public mondial. Nous sommes les gardiens d’un bien public global: la stabilité financière, au service de l’économie. En 1944, ce qui menaçait, c’était l’anarchie monétaire. Aujourd’hui, il faut faire face, en plus, à l’anarchie financière: l’opacité, la cupidité, l’irresponsabilité d’un système qui s’est developpé sans rapport avec l’économie réelle… La finance doit être contrôlée. Nous sommes prêts à le faire si on nous en donne le mandat. Nous sommes dans notre rôle, et je le revendique.

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11 Réponses to “Le cas Dexia”

  1. AL Says:

    c’est marrant que le FMI donne des leçons, alors que ce même FMI a coulé des économies entières (le Kenya par exemple) en imposant ses dogmes ultra-libéraux et le dérégulation à tous prix. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Stiglitz dans l’effarante La Grande Désillusion.

  2. Jack Says:

    Un três beau résumé Yv!

    Jamais pensé a te présenter comme candidat a la Chambre? 🙂

  3. hugo Says:

    selon le secrétaire d’Etat aux finances (via la libre), le coût de la nationalisation de Dexia se monte à 30€/an et par tête, et ce jusqu’au remboursement de l’emprunt. Ce remboursement serait opéré dès que l’action reprendrait une valeur supérieure à celle qu’elle avait au moment de la nationalisation. Sinon, faudra continuer à payer les intérêts de cette augmentation de la dette… Bref, mutualisation des pertes, mais dès que l’affaire redeviendrait juteuse, privatisation du profit. par contre, pour la création d’emploi et la reva
    Aie confianssssssssssssssss…

  4. hugo Says:

    oops mon message est parti en stoemelings, comme on dit à Bxl…

    « par contre, pour la création d’emploi et la revalorisation du travail, il n’y a plus de sous, et la grève nationale est déjà présentée comme une suprème indélicatesse…. »

  5. yves3 Says:

    A Al : Tous le monde tourne sa veste depuis qq semaines : Sarko (enfin, il dit une chose et il fait son contraire), le Fond Monétaire International,… Même si par rapport au FMI, on peut croire le propos de Strauss-Khan sincère, pour autant a-t-il les mains libres pour accomplir tout ce qu’il souhaite !?

    A Jack : Jamais de la vie. Cela étant, si l’OM cherche un nouvel entraîneur, qu’il le fasse maintenant, je suis « libre »; mais bon je rêve là.

    A Hugo : Seras-tu présent à cette grève ???

  6. Syl69 Says:

    Bon et bien il ne reste plus que la bonne vieille méthode : le bas de laine et le matelas !
    😉

  7. AL Says:

    @ hugo : ce n’est pas parce que je travaille chez dexia que je défends cette intervention de l’Etat. Mais si rien n’avait été fait, Dexia était en faillite le lendemain (Le Figaro d’hier préciser que lundi à 18h, Dexia disposait de liquidités pour poursuivre ses activités pendant… 24h. Au-delà, on déposait le bilan).

    Dexia est la banque de toutes les communes belges, de toutes les provinces et d’une bonne partie des PME. Les communes en sont par ailleurs actionnaires. Faillite de Dexia => faillite de la plupart des communes belges + faillites en chaîne de toute une série de petites et moyennes entreprises. En quelques mois, ce sont bien plus que les 12 500 employés de Dexia en Belgique qui auraiet été au chômage. Et là, on aurait pu ajouter au moins 2 zéros par tête par an sur la facture.

    Précisons également que plusieurs élus (Kubla par exemple) siègent au CA de Dexia. Ils étaient où, il y a un an, quand la question s’est posée de vendre FSA, la filiale américaine par laquelle tous les problèmes sont arrivés ? Et ils étaient où quand le CA a proposé à Miller un contrat avec les clauses de départ qu’on connait ?

  8. yves3 Says:

    A Syl : A une de mes blogueuses françaises préférées, je dis : AH non, pas de bas de laine, ni de matelas et encore moins le coffre 😉

    A Al & Hugo : Ben, je crois que Hugo ne conteste pas ta vision de la situation (et que je partage aussi), il vaut mieux 30 € par an qu’une grosse crise en Belgique, en France, au Luxembourg,… Confirmes-tu Hugo ?

  9. hugo Says:

    à Al et Yves : bien sûr que je confirme. Mon propos, c’est plutôt de souligner comment tout le monde est appelé à se montrer solidaire alors que la solidarité n’est plus vraiment le genre de valeur bien côtée dans nos sociétés… et de regretter que l’Etat envisage de revendre dès que le titre aura repris la valeur qu’il avait au moment de l’achat. L’Etat prend un risque, nous prenons tous solidairement un risque : pourquoi ne pas en espérer un retour qui pourrait participer à alléger la dette, pourquoi ne pas vendre, par exemple, quand (je l’espère) l’action aura triplé de valeur?

    En vérité, les sous, j’y connais trop rien : pour moi, ce n’est que du liquide qui te file entre les doigts. Les idéologies, ça me connaît déjà plus et ma réaction se situait plus à ce niveau : je trouve que c’est encore une belle concession aux dogmes du néolibéralisme que de prévoir dès le départ que l’action de l’Etat ne sera qu’une parenthèse.

    S’il y a des raisons économiques, je serais content de m’en instruire. Si c’est un réflexe conditionné par la pensée unique, par contre, je m’interroge : le capitalisme d’Etat chinois laisse quelque part rêveur quand nous sommes en plein cauchemard.

    En tous cas, je profite de l’occasion pour revenir avec ma grande théorie : si la lutte des classes, c’est fini, c’est que les moins démunis d’entre nous ont intégré ce conflit sous la forme d’un détriplment de personnalités conflictuelles (une schizo quoi)… Beaucoup sont à la fois consommateur, travailleur et actionnaire. Or, le consommateur veut des prix bas au détriment du salaire des travailleurs et des dividendes des actionnaires. le travailleur veut un salaire élevé au détriment des prix bas et des dividendes élevées. Enfin, l’actionnaire veut des dividendes élevées au détriment des salaires et des prix. Bref, un système de fous. Mais c’est encore en dehors que c’est le plus dur…

  10. yves3 Says:

    A Hugo & Al : On est bien d’accord 😉

  11. hugo Says:

    La libre cite Reynders : «  » Mais il s’agit pour l’Etat d’une intervention dans le capital des deux entreprises. « Personne ne sait quel sera le rendement en termes de dividendes et d’une éventuelle plus-value », a-t-il ajouté. Et de faire le parallèle avec l’aide au secteur de la sidérurgie il y a vingt-cinq ans. « C’est exactement la même analyse sur les conséquences systémiques. » Didier Reynders ne veut donc pas prétendre qu’il n’y a ni coût ni risque, mais il estime inexact de « prétendre que ce sera pleinement supporté par le citoyen ». Il faut aussi prendre en compt e « le coût de l’inaction ». «  » http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/449974/encore-en-zone-dangereuse.html

    Je ne suis pas sûr de bien comprendre, mais Reynders me semble parler d’une éventuelle plus-value pour l’Etat, non? Ca me plaît (enfin, pas le gars, mais le propos si j’ai bien compris). Le « coût de l’inaction », ça rejoint le propos d’Al. Enfin, dans l’incertitude, soyons assurés du coût et du risque en attendant un éventuel mieux 🙂

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