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L’Italie est à nouveau bleue

avril 15, 2008

Il Cavaliere l’a fait. A presque 72 ans, Silvio Berlusconi est de retour au premier plan sur la scène politique nationale italienne. Son parti le Peuple de la liberté (PDL) obtient la majorité absolue dans les deux assemblées parlementaires que constituent la Chambre et le Sénat. Le PDL défait ainsi son adversaire le Parti démocrate (PD) de Walter Veltroni. Le rapport de force au moment où j’écris ces lignes est de 47,7 % (pour la droite : le PDL + la Ligue du Nord + le Mouvement pour l’autonomie) contre 37,7 % (pour la gauche : le PD + l’Italie des valeurs). Pour ces élections législatives, il a été enregisté un taux de participation fort honorable de 80%. Cette phase électorale marque également le tassement des petits partis. Cela favorisant le temps de 5 ans une bipolarisation plus marquée que d’habitude, dans ce pays où le système électoral comporte une forte dose de proportionnel; préfigurant peut-être une réforme dudit système en le tendant vers le bipartisme.

Les erreurs de Veltroni

Walter Veltroni n’a probablement pas eu tort de décider d’affronter le suffrage universel sans le soutient traditionnel des 12 partis de la gauche et en marginalisant de la sorte un peu plus la gauche radicale. Pour autant, ce qui me semble une erreur et ce qui a certainement brouillé l’image de son parti et de son projet est l’élément suivant. En définissant son Parti démocrate comme un parti qui n’est pas à gauche mais réformiste ou de centre gauche, en voulant renier le socialisme (comme lui-même renie sa jeunesse communiste), n’a-t-il pas finalement démobilisé une partie de son électorat s’étant abstenu ou ayant préféré voter pour un parti « de gauche ». N’aurait-il pas dû également taper plus fort sur son adversaire, en ne disant que la vérité sur le problème éternel de Berlusconi : la confusion entre les intérêts privées et les intérêts publics. De la sorte, Walter Veltroni à donner plus de respectabilité à Berlusconi comme ne l’a jamais fait la gauche italienne.

La faillite du modèle italien

La tâche qui incombe à Silvio Berluconi est de la plus haute importance. L’Italie va mal. Elle est à la traîne en terme de comparaison avec ses partenaires européens. Depuis l’an 2000 jusqu’aux prévisions pour 2008, son taux de croissance est en dessous de 1 %; les plus optimistes prévoyant pour cette année 0,7 %, les plus pessimistes tablant sur un très maigre 0,1 %. La productivité des entreprises italiennes « patine ». Son économie reste trop basée sur une industrie de haute qualité (le textile, les chaussures, l’automobile,…). Par les temps qui courent, elle est fortement concurrencée par les produits meilleurs marchés en provenance de l’Asie. Cette tendance de fond va de pair avec le fait que l’Italie n’investit pas suffisamment dans les hautes technologies. Sans avoir à délaisser cette industrie de qualité, mais en la soutenant mieux (notamment au travers de l’apport d’une main d’oeuvre nécessaire que l’immigration pourrait satisfaire; mais a priori Berlusconi n’est pas prêt lever cette option politique), l’Italie se doit d’investir dans son système éducatif et de recherche (peu performant) et de mettre plus de moyens dans les secteurs d’innovations technologiques, car c’est là que se joueront les points de croissance du 21ème siècle.

Il Cavaliere devra également réduire les écarts de richesses (importants) entre le Nord et le Sud. En moyenne, un citoyen du Sud a un revenu équivalent à 57 % de celui de son voisin du Nord. Le taux de chômages est entre deux à quatres fois plus important au Sud qu’au Nord. Quant à la criminalité, elle est toujours bien présente. Le revenu annuel des mafias italiennes est estimé à plus de 100 milliards d’euros. L’Italie devra également lutter contre l’évasion fiscale, importante perte de revenu pour l’Etat. Mais doit-on déjà douter de la volonté du nouveau gouvernement de la combattre, lorsque Silvio Berlusconi encensait les fraudeurs en disant durant la campagne électorale: « Quant les impôts sont élevés, il est moral d’avoir recourt à l’évasion fiscale. »

L’Italie doit être redynamisée au plus vite. L’histoire sera seule juge de la nouvelle séquence berlusconienne, celle-ci basée sur la liberté d’entreprendre, la baisse des impôts et ayant déjà échoué à deux reprises dans le passé (durant la législature de 1994-1995 et celle de 2001-2006).